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Un Prince Charles qui met le feu au couple!

Publié le 29.09.2021

Du 1er au 17 octobre au Théâtre du Loup, Les sentiments du Prince Charles s’attaquent aux inégalités hommes femmes et au biais du patriarcat. Avec humour, sur fond de pop des années 90 et avec un casting d’enfer. Adapté d’une bd de Liv Strömquist, conçu par Martine Corbat avec l’aide de Jean-Louis Johannides, ce spectacle, souvent musical, va placer le couple hétérosexuel contemporain, sinon entre le marteau et l’enclume, tout au moins entre le poids écrasant de modèles sociétaux et envie de bien faire. Finira bien, finira mal? Finira avec le sourire?!

Au début, il y a la BD de Liv Strömquist.

Martine Corbat: De la même autrice, j’ai d’abord lu L’Origine du Monde, qui était aussi très décalé. C’est à partir de là que j’ai été plus loin et que j’ai découvert Les Sentiments du Prince Charles. Dès la première lecture, j’avais sous les yeux tous les ingrédients que j’aime malaxer sur scène. L’autrice recourt à l’humour pour aborder des thèmes liés au féminisme, et elle évoque l’histoire de la musique – en l’occurrence celle des années 80-90. Pour moi qui aime travailler avec des musiciens sur scène, cela m’offrait déjà un cadre, un univers esthétique. Et il est aussi intéressant de pouvoir interpréter plusieurs personnages et de s’introduire dans la vie de célébrités – des artistes, mais aussi des sociologues, des politiciens...




Le livre traite des biais du patriarcat au fil de multiples épisodes à travers l’histoire. Comment avez-vous organisé la matière de votre spectacle?

M.C.: Certains épisodes, comme celui de Diana et du Prince Charles sont largement repris, d’autres personnages, comme Sting ou Sénèque, seulement effleurés. Le spectacle se décline ainsi en différents tableaux. Pas plus que le livre, le spectacle ne raconte une histoire avec un début, un milieu et une fin, mais il me fallait un liant, qui n’existe pas forcément dans la BD. Ce sera un couple, incarné par Julien Tsongas et moi, qui opère comme un révélateur.

L’idée est que tous les personnages repris du livre sont des explicitations de ce que nous vivons en tant que couple: des questions qu’on se pose sur l’amour, sur comment on se définit comme femme et comme homme dans une relation hétérosexuelle aujourd’hui. Tout cela nous questionne sur l’image de notre couple.

Votre couple lambda doit donc se confronter avec des exemples violents de couples célèbres.

Oui. Parler de Whitney Houston et de Bobby Brown, c’est parler de manipulation et de dépendance. La chanteuse est devenue une icône aussi à cause de cela.

La BD cite beaucoup les sociologues, les historiens, les chercheurs…

Ce sont des éléments qui ne sont pas évidents à placer dans un spectacle. Ou alors on devient vite très didactique. Quand nous reprenons l’une de ces citations, elle est présentée de manière très simple, par exemple en réaction à une situation présentée de manière très caricaturale ou décalée. Elle peut permettre de nourrir le rapport entre la scène et la salle, prise à témoin des questions que l’on se pose. Nous nous adressons ainsi au public de manière très ouverte au fil du spectacle.






L’inégalité hommes-femmes est violemment évoquée dans le livre. Qu’en est-il de votre colère?

M.C.: Strömquist a dit qu’il y avait beaucoup de colère en elle quand elle a commencé à travailler sur ce livre. Je la restitue avec une forme théâtrale ludique. Au théâtre, mon rôle n’est pas de donner des réponses, plutôt de poser les questions.

Même si personnellement, je suis frappée de voir à quel point on oublie les femmes dans nos éducations. J’ai fait des études d’histoire de l’art dans les années 2000. Jamais il n’a été question de femmes-artistes dans ce domaine, c’est comme si elles n’avaient pas existé.

Jean-Louis Johannides: Le parti pris est justement d’utiliser l’humour pour raconter, dire, toutes les questions qui sont articulées sur scène. C’est la manière dont on enrobe le spectacle avec cet univers du show, de la représentation de multiples personnages. Les questions sont graves, mais cela ne nous empêche pas de nous en amuser, peut-être aussi pour avoir plus de champ pour réfléchir.

M.C: Et aussi à embarquer le public – hommes, femmes – dans l’échange, pendant et après la représentation.

Dans le couple que vous placez sur scène, il n’y a pas un méchant et un gentil.

M.C. Non, il y a un état de fait, ils sont ensemble depuis un certain nombre d’années, il y a de l’amour.

J-L. J.: Il y a de l’amour, et des biais comportementaux qui sont reproduits. Ils font partie de notre société, nous vivons avec. Et tout à coup, des événements font qu’on se repose des questions par rapport à des habitudes et à des façons de se comporter l’un vis-à-vis de l’autre.





Vous n’attaquez pas avec ce spectacle le modèle du couple?

J-L. J.: Il est plutôt questionné, frontalement.

M.C.: La question de savoir si le couple est encore d’actualité est très médiatisée. Et sous quelles formes évolue-t-il? Le partage des tâches, tout est sans cesse requestionné. Il m’arrive de me demander, au bout du compte, ce que nous devenons, nous. En tant que couple, on fait quoi?!

Propos recueillis par Vincent Borcard


Les sentiments du Prince Charles
Du 1er au 17 octobre au Théâtre du Loup, Genève
D’après Liv Strömquist, par la Cie L’Hydre Folle

Renseignements, réservations:
https://theatreduloup.ch/spectacle/les-sentiments-du-prince-charles-2021/

Martine Corbat et Jean-Louis Johannides, mise en scène
Avec Martine Corbat, Julien Israelian, Pierre Omer et Julien Tsongas

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